Elizabeth Warren cible Ripple : vers une Operation Choke Point 3.0 ?

Updated on Juin 2, 2026 at 9:02 am UTC by · 5 mins read

Elizabeth Warren remet en cause les chartes bancaires de Ripple et Coinbase, marquant une nouvelle phase de pression réglementaire aux États-Unis.

La sénatrice Elizabeth Warren, démocrate du Massachusetts et critique institutionnelle la plus virulente des actifs numériques au Sénat, a adressé une lettre formelle à l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) en mai 2026. Elle y conteste la légalité de neuf chartes de banques fiduciaires nationales approuvées pour Ripple et d’autres entreprises du secteur crypto depuis décembre 2024.

Parmi les entités visées figurent Ripple, Circle, Paxos, BitGo, Coinbase et Fidelity Digital Assets. La sénatrice exige la communication complète des dossiers de charte, des analyses juridiques internes et des documents de candidature confidentiels d’ici le 1er juin 2026.

Cette initiative dépasse le cadre d’une simple surveillance de routine par un membre du Congrès. Il s’agit de la tentative la plus directe à ce jour de déployer une pression parlementaire contre l’autorité de certification d’une agence indépendante.

L’objectif affiché est d’empêcher les entreprises crypto d’accéder aux infrastructures bancaires fédérales, ce qui les intégrerait de manière permanente au système financier américain. Pour l’industrie, l’utilisation du terme « Operation Choke Point 3.0 » n’est pas un excès de langage, mais une accusation historiquement précise.

Operation Choke Point : un modèle réglementaire qui se répète en 2026

L’Operation Choke Point initiale, lancée par le Département de la Justice sous l’administration Obama en 2013, poussait les banques à rompre leurs liens avec certains secteurs légaux jugés « à haut risque », comme les prêteurs sur gage ou les armuriers, sans action législative préalable. Ce programme a pris fin en 2017 suite aux critiques dénonçant une régulation par l’exclusion bancaire.

Au début de l’année 2023, le secteur crypto a dénoncé une « Operation Choke Point 2.0 » après les fermetures de Silvergate Bank et Signature Bank, qui servaient principalement l’industrie des actifs numériques.

Des directives inter-agences avaient alors limité l’accès des entreprises crypto aux services bancaires, une situation aggravée par des pressions informelles d’organismes de régulation tels que la FDIC et la Réserve fédérale.

La lettre de Warren de mai 2026 marque une nouvelle étape en ciblant le pouvoir de l’OCC d’accorder des chartes bancaires aux firmes crypto. Elle soutient que ces entités cherchent à contourner les protections bancaires traditionnelles et affirme que l’OCC a illégalement octroyé ces licences en vertu du National Bank Act.

De son côté, l’OCC a défendu son autorité devant les tribunaux et a déjà remporté des litiges concernant des chartes à but spécifique, en mettant en avant la distinction entre l’acceptation de dépôts et la structure de banques fiduciaires sans dépôt.

La charte OCC de Ripple : un enjeu stratégique face aux banques traditionnelles

Ripple a reçu une approbation conditionnelle pour une charte de banque fiduciaire nationale de la part de l’OCC, ce qui la distingue d’une licence de banque commerciale. Cette charte permet une exemption fédérale des licences de transfert d’argent au niveau des États, réduisant ainsi les coûts opérationnels en évitant de se conformer à de multiples réglementations locales. Elle établit également une relation de supervision directe avec l’OCC, garantissant des normes nationales uniformes.

Cependant, cette charte n’accorde pas automatiquement l’accès aux systèmes de paiement de la Réserve fédérale, ce qui nécessite un « master account » de la Fed. Actuellement, la Fed a suspendu ses décisions sur les comptes de niveau 3 (Tier 3), incluant les banques fiduciaires crypto, ce qui pourrait retarder l’accès de Ripple à ces réseaux de paiement jusqu’à la fin de l’année 2026. Cette situation pose deux défis institutionnels majeurs pour l’entreprise.

La stratégie de Ripple semble viser une reclassification de l’XRP et de ses produits en tant qu’instruments supervisés au niveau fédéral. Une telle reconnaissance compliquerait les futurs efforts de la SEC ou du Congrès pour classer l’XRP comme une valeur mobilière non enregistrée. Les aveux de la SEC concernant ses actions passées ont déjà modifié le paysage juridique, et une charte de l’OCC pourrait renforcer la position réglementaire de Ripple.

Brad Garlinghouse, PDG de Ripple, a présenté cette candidature comme un défi aux banques traditionnelles, s’interrogeant sur leur crainte de la concurrence d’une entité crypto régulée. Selon lui, une telle démarche éliminerait l’argument de la « crypto non régulée » utilisé pour justifier des pratiques d’exclusion.

Réaction de l’industrie : la Digital Chamber se mobilise contre Warren

La Digital Chamber, un groupe de défense de la crypto comptant plus de 250 membres, a adressé une lettre au contrôleur de l’OCC, Jonathan Gould, pour défendre l’autorité de l’agence suite aux propos d’Elizabeth Warren.

Cody Carbone, PDG de l’organisation, a soutenu que l’interprétation de Warren du droit bancaire méconnaît le pouvoir établi de l’OCC de délivrer des chartes de banques fiduciaires. Il a souligné que le GENIUS Act de 2025 a créé un cadre fédéral pour les émetteurs de stablecoins, incluant les entreprises sollicitant des chartes auprès de l’OCC.

Carbone a précisé que refuser ces chartes minerait la cohérence de cette législation. L’opposition des institutions financières traditionnelles aux lois pro-crypto suggère que la position de Warren s’aligne sur les intérêts bancaires établis.

La mobilisation de l’industrie vise à créer un précédent documenté pour compliquer toute future décision de l’OCC qui reviendrait sur ces approbations sous la pression politique, augmentant ainsi les risques de réputation et de litige pour le régulateur.

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