Clarity Act : l’industrie crypto fait pression sur le Sénat

11 heures ago by · 5 mins read

La Digital Chamber et 100 firmes crypto pressent le Sénat américain de voter le Clarity Act (H.R. 3633) avant la pause estivale de 2026.

La Digital Chamber, organisation de défense de la crypto comptant plus de 250 membres, a intensifié une campagne de lobbying coordonnée pour exhorter le Sénat des États-Unis à adopter le Digital Asset Market Clarity Act (CLARITY Act), officiellement enregistré sous le numéro H.R. 3633. L’industrie présente ce projet de loi comme la dernière fenêtre législative réaliste pour établir des règles fédérales sur la structure du marché avant que le Congrès ne s’ajourne pour ses vacances d’été.

Cette campagne, qui regroupe désormais plus de 100 entreprises crypto aux côtés d’initiatives parallèles menées par le Crypto Council for Innovation et la Blockchain Association, fait suite à l’avancement bipartisan (15 voix contre 9) du H.R. 3633 par la commission bancaire du Sénat le 14 mai 2026.

Le PDG de la Digital Chamber, Cody Carbone, a publiquement déclaré que les dispositions relatives à l’éthique toujours présentes dans le texte seront résolues avant que la direction du Sénat ne programme un vote en séance plénière.

Il ne s’agit pas d’un simple cas de lobbying crypto routinier réclamant un traitement de faveur. C’est une intervention institutionnelle précisément chronométrée pour combler l’écart procédural entre l’approbation en commission et la mise à l’ordre du jour, une période critique où les projets de loi bénéficiant d’un élan bipartisan s’enlisent souvent face aux priorités du calendrier ou à l’opposition coordonnée. Simultanément, cette action vise à créer un précédent législatif recadrant le grief central du secteur : une décennie de « régulation par l’exécution » menée par des agences plutôt que par une autorité statutaire.

État des lieux législatif : arithmétique du Sénat et fenêtre d’août

Le CLARITY Act a été adopté par la Chambre des représentants des États-Unis en juillet 2025 avec une marge de 294 contre 134, établissant une base bipartisane solide avant son passage au Sénat. L’approbation par la commission bancaire du Sénat le 14 mai 2026, avec le soutien du démocrate Ruben Gallego (D-Ariz.) rejoignant les 13 républicains, constitue une deuxième étape procédurale majeure, bien que le chemin vers un vote final reste structurellement complexe.

La version de la commission bancaire doit d’abord être réconciliée avec une version distincte avancée par la commission de l’agriculture du Sénat. Ce processus de fusion touche directement à la division juridictionnelle entre la SEC et la CFTC, un préalable indispensable avant toute programmation de vote.

Le mécanisme prévu est le suivant : le CLARITY Act diviserait formellement la surveillance des actifs numériques entre la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Il introduirait une définition statutaire de « matières premières numériques » et un test de « blockchain mature », mesurant la concentration des jetons, la dispersion de la gouvernance et l’utilisation du réseau pour déterminer quand un jeton passe de la juridiction des valeurs mobilières à celle des matières premières.

Ce cadre remplacerait l’environnement actuel basé sur la répression — où la SEC applique le test de Howey au cas par cas — par une architecture statutaire sur laquelle les gestionnaires d’actifs, les processeurs de paiement et les entreprises de fintech pourraient s’appuyer pour leurs décisions de déploiement de capital.

La sénatrice Cynthia Lummis a indiqué qu’un vote en séance pourrait intervenir d’ici août 2026. Toutefois, le projet de loi nécessite 60 voix pour franchir le seuil de l’obstruction parlementaire (filibuster), un objectif numérique qui exige un soutien démocrate matériel au-delà du ralliement unique observé en commission.

Les implications sur la régulation des stablecoins, bien que secondaires par rapport à la structure du marché, attirent particulièrement l’attention des entreprises de paiement. Ses partisans soutiennent que le CLARITY Act clarifierait quels jetons relèvent des règles sur les matières premières, rendant l’intégration des stablecoins bancaires opérationnellement viable, contrairement à l’impasse actuelle.

De son côté, Coinbase a soutenu que le projet de loi répond directement aux excès réglementaires de la SEC, une position qui s’aligne avec l’argument de la Digital Chamber contre la régulation par la contrainte.

Campagne de la Digital Chamber : une logique stratégique globale

Dans une lettre adressée en avril à la commission bancaire du Sénat, la Digital Chamber a dénoncé ce que l’industrie qualifie d’« Opération Choke Point 2.0 », une campagne de pression informelle par laquelle les régulateurs fédéraux auraient poussé les banques à se détourner des firmes crypto. Le CLARITY Act remédierait à cela en contraignant l’action des agences dans un canal statutaire soumis au contrôle du Congrès.

Cody Carbone a affirmé que l’accord éthique concernant les profits tirés de la crypto par des responsables officiels — une disposition liée à l’implication de la famille Trump et signalée comme non résolue par la sénatrice Elizabeth Warren (D-Mass.) — sera finalisé avant que le texte n’arrive en séance. Sa formulation précise suggère que le leadership du Sénat ne soumettra le texte au vote que s’il est certain d’atteindre les 60 voix requises.

La coalition, comprenant des acteurs majeurs tels que Coinbase, Ripple, Kraken, Circle, Andreessen Horowitz et Paradigm, affiche un degré d’alignement inédit. Parallèlement, l’organisation Stand With Crypto a lancé un appel à l’action auprès des électeurs.

Nous estimons que la fonction institutionnelle secondaire de cette campagne est de constituer un dossier de lobbying documenté. En cas d’échec législatif lors de ce Congrès, ce record de coordination pourrait renforcer la position de l’industrie lors de futurs litiges judiciaires ou de révisions d’actions coercitives menées par les agences de régulation.

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