Le secrétaire au Trésor Scott Bessent lie la réserve stratégique de Bitcoin au Clarity Act pour transformer l’infrastructure financière des États-Unis.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, investisseur macro et fondateur du Key Square Group désormais à la tête de la politique budgétaire américaine, a publiquement apporté son soutien à deux piliers majeurs : la réserve stratégique de Bitcoin, instaurée par le décret présidentiel de Donald Trump en mars 2025, et l’adoption accélérée par le Sénat du Clarity for Payment Stablecoins Act. Il a décrit cette législation sur les stablecoins comme progressant à Washington avec une « vitesse délibérée », visant un vote en séance plénière avant la fin de l’été.
Bessent présente ces deux initiatives comme structurellement liées. Selon lui, la clarté réglementaire sur les actifs numériques adossés au dollar est la condition préalable indispensable pour rendre l’adoption massive du Bitcoin, en tant qu’actif de réserve, opérationnellement viable pour les contreparties de la finance traditionnelle.
Il ne s’agit pas d’un simple soutien technique à deux projets de loi. C’est le signal que l’exécutif a adopté une théorie cohérente et séquencée de l’intégration des actifs numériques. Dans ce schéma, la réglementation des stablecoins sert d’infrastructure d’accès (on-ramp), tandis que la politique de réserve Bitcoin fonctionne comme l’actif de destination de rang souverain. Une architecture à deux voies qui, si elle se concrétise législativement, représenterait le changement le plus important de la politique crypto américaine depuis le lancement des ETF Bitcoin au comptant en janvier 2024.
Statut législatif du Clarity Act : Arithmétique au Sénat, échec du GENIUS Act et obligations pour les émetteurs
Le Clarity for Payment Stablecoins Act, que Bessent soutient désormais, succède à plusieurs tentatives parlementaires infructueuses, notamment le projet de 2023-24 négocié par Patrick McHenry et Maxine Waters.
Son prédécesseur le plus récent, le GENIUS Act, a été rejeté par un vote de 49 contre 48 au Sénat malgré un soutien bipartisan en commission. Ce texte a échoué en raison de litiges non résolus sur les exigences de réserve, le traitement des émetteurs étrangers et les obligations de lutte contre le blanchiment d’argent, jugées insuffisantes par une coalition de démocrates et quelques républicains.
Le projet de loi actuel, poussé par le président de la commission bancaire du Sénat, Tim Scott, tente de résoudre ces points de friction tout en préservant l’architecture de licence fédérale initiale.
Le mécanisme fonctionne ainsi : le Clarity Act créerait un régime réglementaire à deux voies. Les émetteurs de stablecoins pourraient soit obtenir une charte fédérale administrée par l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), soit opérer sous un cadre étatique soumis à des normes fédérales minimales fixées par la Réserve fédérale. Tous les émetteurs seraient tenus de maintenir des réserves de un pour un en actifs liquides de haute qualité — principalement des bons du Trésor américain à court terme et des dépôts assurés — et de se soumettre à des audits annuels, des protocoles de rachat obligatoires et une divulgation publique de la composition des réserves.
Les émetteurs étrangers servant des clients américains feraient face à des déterminations d’équivalence, une disposition qui suscite des objections de la part des opérateurs de stablecoins offshore et de certains défenseurs des protocoles décentralisés.
Des questions de réconciliation subsistent au sein de la commission bancaire du Sénat, notamment sur le traitement des stablecoins générant des rendements ou des récompenses, ainsi que sur l’autonomie précise des émetteurs agréés par les États. Ces points devraient être tranchés lors des prochaines sessions de commission.
Bessent a explicitement lié ce projet de loi à la dynamique du marché du Trésor. Il a cité une analyse, évoquée lors d’une audition par le représentant Max Miller, suggérant qu’un cadre fédéral opérationnel pour les stablecoins pourrait générer jusqu’à 2 000 milliards de dollars de demande supplémentaire pour la dette publique américaine, les émetteurs réglementés accumulant des bons du Trésor comme collatéral.
Bien que ce chiffre soit jugé optimiste par certains analystes, il reflète la logique de Bessent : un secteur des stablecoins réglementé de plusieurs billions de dollars devient, de fait, une base d’acheteurs captifs pour la dette souveraine. Cependant, l’opposition du secteur bancaire à certaines dispositions reste un facteur de complication, les grandes institutions de dépôt craignant une éviction compétitive et le risque que les émetteurs de stablecoins ne détournent les dépôts des banques traditionnelles.
Position stratégique de Bessent : Mécanique de la réserve Bitcoin et enjeux géopolitiques
Le plaidoyer de Bessent pour la réserve stratégique de Bitcoin suit une trajectoire parallèle. Le décret de mars 2025 précise que les bitcoins saisis lors de procédures pénales ou civiles seront désormais conservés au bilan du gouvernement plutôt que liquidés aux enchères par le U.S. Marshals Service. Cela transforme une politique passive de saisie-vente en un mécanisme d’accumulation souveraine à long terme.
Bessent justifie cette position par son expérience d’investisseur macro : le Bitcoin agit selon lui comme une protection contre la dépréciation monétaire à un moment où la dynamique dette/PIB des États-Unis est structurellement difficile. La conservation des BTC saisis envoie également un signal de prix aux allocateurs institutionnels, indiquant que l’État n’est plus un vendeur net.
Ce soutien simultané aux deux piliers semble être une stratégie délibérée visant le capital institutionnel. En démontrant que l’infrastructure numérique du dollar sera régulée et que les lettres de noblesse du Bitcoin sont validées au niveau souverain, le Trésor tente d’accélérer l’adoption institutionnelle sans nécessiter d’achat direct de Bitcoin par le gouvernement sur le marché libre.
Enfin, Bessent a présenté la régulation des stablecoins comme un enjeu de compétitivité géopolitique. Il avertit que l’ambiguïté réglementaire pousse l’innovation vers l’Union européenne (cadre MiCA) ou l’Asie. Cet argument est calibré pour résonner auprès des membres du Congrès qui, bien que sceptiques envers la crypto, restent attentifs aux risques de fuite de capitaux vers l’étranger.
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