CLARITY Act : Jefferies alerte sur les risques du Sénat US

Updated on Juil 2, 2026 at 8:41 am UTC by · 5 mins read

Jefferies prévient que le CLARITY Act fait face à une impasse au Sénat. Les chances de succès sur Polymarket chutent à 48% pour 2026.

Dans un rapport publié le 30 juin 2026, les analystes de Jefferies, sous la direction d’Andrew Moss, tirent la sonnette d’alarme.

Le projet de loi CLARITY Act, qui vise à structurer le marché crypto américain en délimitant les compétences de la SEC et de la CFTC, s’engage sur une voie de plus en plus incertaine au Sénat.

Les probabilités de mise en œuvre d’ici fin 2026 sur Polymarket sont tombées à 48 %, contre 70 % à la mi-mai, alors qu’il ne reste qu’une vingtaine de jours législatifs avant les vacances d’août.

Au-delà d’un simple problème de calendrier, il s’agit d’un point d’inflexion structurel pour l’adoption institutionnelle de l’infrastructure crypto.

L’enjeu réside dans le choix entre un cadre statutaire durable et une mosaïque de directives d’agences qu’une future administration pourrait révoquer à tout moment.

CLARITY Act : Pourquoi le calendrier du Sénat est devenu le risque central

Le texte a été adopté par la Chambre des représentants le 17 juillet 2025 (294 voix contre 134) et a franchi l’étape du Comité bancaire du Sénat le 14 mai 2026 avec un vote bipartisan de 15 contre 9. Il a ensuite été inscrit au calendrier du Sénat le 1er juin 2026.

Toutefois, l’adoption finale nécessite 60 voix, ce qui implique le ralliement d’au moins sept démocrates. Ce seuil est rendu difficile à atteindre par des contentieux persistants sur les dispositions éthiques, la lutte contre le financement illicite et, surtout, la question de savoir si les émetteurs de stablecoins peuvent verser des rendements sur les jetons indexés sur le dollar. Ces points de blocage ont déjà retardé la programmation du vote une première fois, et le calendrier législatif ne laisse aucune marge pour un second report.

L’équipe de Moss précise qu’un échec avant le mois d’août pourrait repousser le projet de loi à 2027, voire au-delà, si les démocrates reprennent le Sénat lors des élections de mi-mandat en novembre. JPMorgan a également émis un avertissement similaire début juin, soulignant le resserrement du calendrier et l’absence de résolution sur le rendement des stablecoins. De son côté, Galaxy Research a abaissé ses propres estimations de probabilité entre 50 et 55 %.

Adoption ou report : Ce que le cadre réglementaire débloque ou sacrifie

Selon Jefferies, l’adoption de la loi donnerait aux banques, gestionnaires d’actifs et plateformes d’échange l’autorité statutaire explicite nécessaire pour déployer à grande échelle des services de tokenisation, de garde (custody), de staking et de prêt.

Les directives actuelles de la SEC, de la CFTC et de l’OCC ne sont que des approximations qui ne remplacent pas une loi ferme.

Le test de décentralisation prévu par le projet de loi est crucial : il définit quand un jeton passe du statut de valeur mobilière (sous la SEC) à celui de marchandise (sous la CFTC).

C’est cette architecture juridique que les avocats spécialisés en ETF jugent nécessaire pour étendre les approbations d’ETF spot au-delà du Bitcoin et de l’Ether, vers des cryptomonnaies à large capitalisation comme SOL (Solana) et AVAX (Avalanche). L’expansion récente des structures d’ETF liés au bitcoin par BlackRock montre à quel point le développement de produits s’accélère dès qu’une voie réglementaire est tracée.

Jefferies identifie également le CLARITY Act comme une condition préalable à la relance des introductions en bourse (IPO) dans le secteur crypto. La loi créerait un régime de divulgation sur mesure pour les émetteurs d’actifs auxiliaires, plus souple qu’un enregistrement complet, permettant des levées de fonds conformes et des échanges secondaires sur des bourses de matières premières numériques enregistrées auprès de la CFTC.

Sans cela, les émetteurs potentiels restent exposés à un examen au cas par cas de la SEC.

En cas de report, les institutions financières resteraient dépendantes de décisions d’agences réversibles. Jefferies qualifie cette dynamique de frein aux initiatives blockchain, les équipes de conformité devant réévaluer les risques juridiques sous un régime fondé sur la répression plutôt que sur la loi, un schéma qui domine le marché américain depuis 2020 selon JPMorgan.

Actions en vue : Circle, Coinbase et Bullish face à la volatilité

Jefferies s’attend à ce que le processus législatif lui-même génère de la volatilité pour les actions liées aux crypto-actifs, citant Circle (CRCL), Coinbase (COIN) et Bullish (BLSH) (maison mère de CoinDesk) comme les principales valeurs à surveiller.

Pour Circle, les implications sont contrastées : le projet de loi actuel pourrait supprimer la possibilité pour des tiers comme Coinbase d’offrir des récompenses sur les avoirs en USDC, ce qui pourrait freiner sa croissance à court terme. À l’inverse, un report donnerait à Circle plus de temps pour diversifier ses revenus et étendre son réseau de paiement.

À plus long terme, Jefferies estime que la concurrence accrue des stablecoins émis par des banques représente le risque structurel majeur pour Circle, un défi que la législation ne pourra ni créer ni résoudre.

Le marché ne semble pas avoir pleinement intégré l’asymétrie entre ces deux scénarios. Alors que les prédictions sont désormais proches du 50/50, les actions du secteur n’ont pas encore été réévaluées pour refléter l’hypothèse d’un vide réglementaire prolongé. La publication du texte en juillet et le calendrier du vote au Sénat seront les prochains signaux déterminants pour savoir si cet écart se comblera à la hausse ou à la baisse.

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