JP Morgan lance un second fonds tokenisé sur Ethereum

JP Morgan dépose le fonds JLTXX sur Ethereum pour les réserves de stablecoins, marquant une étape clé pour la tokenisation d’actifs réels (RWA).

Emmanuel Roux Par Emmanuel Roux Dernière mise à jour 5 mins de lecture
JP Morgan lance un second fonds tokenisé sur Ethereum

JP Morgan Chase a déposé le 12 mai un dossier auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis pour la création d’un second fonds monétaire tokenisé sur Ethereum. Ce projet propose des jetons numériques adossés à un portefeuille de bons du Trésor américain et d’accords de rachat au jour le jour (repos), que les investisseurs pourraient conserver dans des portefeuilles numériques ou utiliser comme garantie on-chain.

Le document souligne que la valeur totale du marché des actifs réels tokenisés (RWA) suivis par rwa.xyz est estimée à environ 32 milliards de dollars. Il note également que des concurrents, dont BlackRock, progressent avec des offres institutionnelles comparables dans le cadre du GENIUS Act récemment adopté.

Il ne s’agit pas d’un simple lancement de produit. Par cette initiative, JP Morgan signale que la phase pilote de la tokenisation institutionnelle est terminée. La banque reconnaît implicitement que c’est sur l’infrastructure publique d’Ethereum, et non sur son propre réseau privé, que la prochaine phase de la finance on-chain se déploiera à grande échelle.

Le choix du mainnet Ethereum plutôt que de l’infrastructure privée Kinexys Digital Assets de JP Morgan pour des produits destinés aux clients semble refléter une admission délibérée : la liquidité institutionnelle ne s’accumule pas sur des réseaux bancaires isolés.

Filing JLTXX de JP Morgan : fonctionnement du second fonds de trésorerie tokenisé

Le mécanisme est le suivant : le nouveau fonds, structuré sous l’entité JP Morgan Trust IV en tant que « Token Class Shares » et désigné sous le ticker JLTXX, prévoit une date d’entrée en vigueur au 13 mai 2026. Les actifs sous-jacents sont limités aux titres du Trésor américain arrivant à échéance dans 93 jours ou moins, maintenant au moins 99,5 % en espèces ou en actifs gouvernementaux, conformément à la règle 2a-7 de la SEC.

Les transactions se règlent en quelques minutes, contrairement aux cycles T+1 ou T+2 des fonds monétaires conventionnels. La garde légale des actifs reste confiée à un dépositaire traditionnel : les soldes sur la blockchain reflètent les avoirs sur une base de un pour un, les registres d’inscription en compte traditionnels prévalant en cas de litige.

Contrairement au premier fonds tokenisé de la banque, MONY, qui exige un investissement minimum de 1 dollar de la part d’investisseurs qualifiés (incluant des institutions détenant 25 millions de dollars d’actifs ou plus) et vise un rendement institutionnel large, JLTXX est explicitement structuré pour servir d’actif de réserve aux émetteurs de stablecoins opérant sous le cadre du GENIUS Act.

Des adresses Ethereum autorisées (permissioned) gèrent la conformité au niveau du protocole, permettant au fonds de fonctionner sur une blockchain publique tout en préservant les contrôles d’accès requis pour les produits institutionnels réglementés. Les souscriptions et rachats acceptent les stablecoins aux côtés des espèces, élargissant les options pour les gestionnaires de trésorerie détenant déjà des actifs numériques.

Le produit transite par Kinexys Digital Assets, la plateforme d’actifs blockchain de JP Morgan. Cette dernière a déjà exécuté une transaction de 50 millions de dollars en papier commercial tokenisé sur Solana et émis des jetons de dépôt JPMD sur Base. Cette succession de pilotes sur chaînes publiques converge désormais vers un produit réel enregistré auprès de la SEC sur Ethereum. Comme indiqué précédemment, JP Morgan a également réalisé un rachat transfrontalier de bons du Trésor tokenisés sur le XRP Ledger, confirmant une stratégie multi-chaîne que le dépôt du JLTXX vient renforcer.

Crypto institutionnelle et course aux RWA : le pivot de JP Morgan vers les chaînes publiques

Le GENIUS Act, signé en juillet 2025, a établi des réglementations clés en interdisant aux émetteurs de stablecoins de verser des intérêts, distinguant ainsi les stablecoins des produits porteurs de rendement. Cela a ouvert la voie aux fonds monétaires tokenisés sous les règles de la SEC. Le second dépôt de JP Morgan cible la trésorerie d’entreprise et la gestion de liquidités, désormais privées des fonctions de rendement des stablecoins.

La concurrence s’est intensifiée, le fonds BUIDL de BlackRock ayant dépassé les 500 millions de dollars sur Ethereum depuis son lancement en mars 2024, prouvant que les produits d’actifs réels (RWA) institutionnels peuvent monter en charge. Au premier trimestre 2026, les RWA tokenisés ont atteint 8,6 milliards de dollars, Ethereum détenant environ 70 % de cette valeur. Franklin Templeton s’est également développé dans ce secteur, avec d’autres dépôts attendus sur Solana, alimentant une course de 12 milliards de dollars pour les dépôts institutionnels.

La blockchain Onyx de JP Morgan, lancée en 2020 et traitant plus d’un milliard de dollars de transactions quotidiennes en 2025, offre une infrastructure crédible pour cette expansion. Le fonds MONY, lancé en décembre 2025 avec 100 millions de dollars de capital, a servi de preuve de concept ; JLTXX est le produit suivant destiné à capturer le marché des réserves, sur lequel les stablecoins ne peuvent plus offrir de rendement.

L’élan pour l’adoption institutionnelle s’accentue, comme en témoigne l’arrivée de Charles Schwab dans le courtage crypto. Plus notable encore, ce second dépôt de fonds tokenisé sur une blockchain publique par JP Morgan valide Ethereum comme infrastructure de règlement pour les bilans financiers de grande envergure.

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Emmanuel Roux

Issu de la finance traditionnelle, j’ai naturellement basculé vers l’univers crypto, attiré par son potentiel. Je souhaite y apporter mon approche analytique et rationnelle, tout en conservant ma curiosité. En dehors de l’écran, je lis beaucoup (économie, essais, un peu de science-fiction) et je prends plaisir à bricoler. Le DIY, pour moi, c’est comme la crypto : comprendre, tester, construire soi-même.

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