La Maison Blanche évalue la politique sur les stablecoins alors que le débat sur le CLARITY Act s’intensifie

La Maison Blanche évalue la politique sur les stablecoins sur fond de débat sur la surveillance fédérale

Emmanuel Roux Par Emmanuel Roux Dernière mise à jour 6 mins de lecture
La Maison Blanche évalue la politique sur les stablecoins alors que le débat sur le CLARITY Act s’intensifie

Le Conseil des conseillers économiques (CEA) de la Maison Blanche a publié mardi une analyse formelle, concluant que permettre aux émetteurs de stablecoins de verser un rendement aux investisseurs sur leurs avoirs ne produirait qu’un déplacement marginal des prêts bancaires.

Cela contredit directement les avertissements du secteur bancaire qui bloquent le CLARITY Act au sein de la commission bancaire du Sénat depuis janvier 2026.

Le rapport, publié le 9 avril 2026, quantifie l’exposition revendiquée par le secteur bancaire comme étant dramatiquement surestimée, projetant que l’autorisation des rendements sur les stablecoins augmenterait les prêts bancaires de seulement 2,1 milliards USD, soit environ 0,02 % du total des prêts en cours, plutôt que de déclencher la fuite systémique des dépôts que les lobbyistes bancaires ont invoquée devant le Congrès.

Nous soupçonnons que la publication de ce rapport n’est pas principalement un exercice académique, mais une intervention délibérée de l’exécutif conçue pour fournir une couverture législative à un compromis bipartisan sur le rendement, accélérant ainsi le passage du CLARITY Act hors de la commission en neutralisant le fondement empirique de l’opposition de l’industrie bancaire.

La question du rendement des stablecoins est devenue la ligne de fracture centrale de la réglementation fédérale des actifs numériques, les groupes de pression bancaires, les plateformes d’échange crypto et les responsables économiques de l’exécutif étant désormais en désaccord ouvert sur l’ampleur du risque concurrentiel que les stablecoins rémunérés posent à la base de dépôts des institutions assurées au niveau fédéral.

Interdiction de rendement, architecture des réserves et référence du GENIUS Act

Le Guiding and Establishing National Innovation for US Stablecoins Act (GENIUS Act), promulgué en juillet 2025, exige que les émetteurs de stablecoins maintiennent une réserve d’actifs de un pour un, tels que des dollars américains et des bons du Trésor. Il interdit également aux émetteurs de reverser le rendement généré par ces réserves aux détenteurs de jetons, afin d’empêcher la migration des dépôts des banques assurées au niveau fédéral.

Toutefois, la formulation de la loi a laissé ouverte la possibilité pour les plateformes d’échange d’offrir des récompenses liées aux soldes de stablecoins, ce dont Coinbase a profité avec son produit de récompenses USDC.

Le CLARITY Act visait à étendre l’interdiction de rendement aux échanges, ce qui a poussé Coinbase à retirer son soutien à la législation et à freiner sa progression. L’Independent Community Bankers of America (ICBA) a pressé le Congrès de maintenir l’interdiction, affirmant que l’autorisation du rendement entraînerait une perte de dépôts de 1 300 milliards USD pour les petites banques.

Cependant, le rapport du CEA remet en question les chiffres de l’ICBA, projetant une augmentation de 2,1 milliards USD des prêts bancaires résultant d’une interdiction de rendement.

Même dans des scénarios extrêmes, le conseil estime seulement à 531 milliards USD l’augmentation des prêts, bénéficiant principalement aux grandes banques qui capteraient 76 % de cette hausse. Parallèlement, les banques communautaires gagneraient environ 129 milliards USD, ce qui affaiblit les arguments de l’ICBA selon lesquels l’interdiction de rendement les protégerait.

Implications du CLARITY Act pour les émetteurs et plateformes : Circle, Coinbase et la prime de rendement concurrentielle

Les conclusions du CEA impactent le positionnement concurrentiel de Circle Internet Financial, Coinbase Global et Paxos Trust Company, particulièrement concernant la question du rendement. L’USDC de Circle, adossé principalement à des bons du Trésor à court terme et à des équivalents de trésorerie, permet actuellement aux rendements de s’accumuler uniquement au profit de Circle.

Une autorisation législative pour le transfert de rendement pourrait permettre à Circle et à ses concurrents d’offrir des retours rivalisant avec ceux des fonds du marché monétaire, modifiant potentiellement la proposition de valeur de l’USDC et accélérant les changements de parts de marché des stablecoins évidents dans les données du début de l’année 2026.

Le directeur juridique de Coinbase, Paul Grewal, a jugé le rapport du CEA décisif, car il n’a trouvé aucune preuve que les récompenses sur les stablecoins entraînent une fuite des dépôts, et a suggéré que les détracteurs ont tenté de supprimer ces conclusions. Cette interprétation du rapport comme un moment politique pivot reflète la vision de l’industrie crypto sur le CLARITY Act, que beaucoup considèrent désormais comme « pratiquement inévitable ».

Les inquiétudes du secteur bancaire font écho aux mesures réglementaires prises après la crise financière de 2008 concernant les fonds communs de placement monétaires, soulignant les déséquilibres concurrentiels créés par les instruments porteurs de rendement en dehors du cadre de l’assurance-dépôts.

Bien que le rapport du CEA reconnaisse ces préoccupations, il conteste l’ampleur de la migration des dépôts, un facteur clé pour une éventuelle formulation de compromis par le Congrès. De plus, la surveillance fédérale des stablecoins interagit avec les réglementations étatiques émergentes, compliquant l’application de la loi si le Congrès laisse les politiques de rendement ambiguës.

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Dynamique au Congrès : Tillis, Alsobrooks et la position de la commission bancaire du Sénat

Le sort du CLARITY Act repose principalement entre les mains des sénateurs Thom Tillis (R-N.C.) et Angela Alsobrooks (D-Md.), qui ont conclu un accord préliminaire avec les responsables de la Maison Blanche en mars 2026 pour résoudre les différends sur le rendement dans le projet de loi.

Cet accord n’a pas encore été formalisé et nécessite l’avis des industries bancaire et crypto avant de progresser au sein de la commission bancaire du Sénat, où il fait face à des retards depuis janvier. Le conseiller crypto de la Maison Blanche, Patrick Witt, a noté que des travaux supplémentaires sont nécessaires sur la formulation du texte, laissant le calendrier incertain.

La situation de la commission bancaire du Sénat est encore compliquée par l’interdiction du GENIUS Act, qui protège les membres alignés sur les banques. Tout amendement visant à autoriser les rendements dans le CLARITY Act forcerait les membres de la commission à voter pour étendre les fonctionnalités des stablecoins au-delà des limites fixées par le GENIUS Act.

Alors que la Blockchain Association a décrit les récentes discussions de la Maison Blanche comme un pas vers un consensus bipartisan, parvenir à un consensus réel au sein de la commission reste un défi.

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Emmanuel Roux

Issu de la finance traditionnelle, j’ai naturellement basculé vers l’univers crypto, attiré par son potentiel. Je souhaite y apporter mon approche analytique et rationnelle, tout en conservant ma curiosité. En dehors de l’écran, je lis beaucoup (économie, essais, un peu de science-fiction) et je prends plaisir à bricoler. Le DIY, pour moi, c’est comme la crypto : comprendre, tester, construire soi-même.

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